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Sacrifices et prières au pied de la chute de la Metche

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Bamougoum. Ce site touristique situé dans la région de l’Ouest rappelle un pan de l’histoire de la colonisation du Cameroun.

Bamougoum, le 30 mai 2015. Des touristes près de la chute de la Metche.

Bamougoum, le 30 mai 2015. Des touristes près de la chute de la Metche. Photo Mathias Mouendé

Pas facile de trouver le chemin. Seule une petite plaque métallique à peine visible plantée de l’autre côté de la route, non loin de la station d’épuration d’eau de Bafoussam, porte l’inscription « chute de la Metche ». Nous sommes à Bamougoum, à l’intercession des départements de la Mifi, des Bamboutos et de la Menoua, dans la région de l’Ouest au Cameroun. Un escalier non aménagé est vite emprunté par les visiteurs ce samedi 30 mai 2015. Il est environ 13h. L’air est frais, le climat capricieux. Des champs de maïs poussent de part et d’autre de la voie. Chaque marche d’escalier est tapie de grains de sel, d’huile de palme et des noix de kola. « Les gens viennent ici à la chute pour faire des sacrifices », indique un riverain. Une guérite construite dans le coin en matériaux définitifs porte un message plutôt fort évocateur, rédigé en couleur rouge : « Seul Jésus lave les pêchés ». Un monsieur à la mine pas très rassurante est posté à la guérite. C’est Armand. Il est vêtu d’un jogging, d’une chemise rayée et d’une paire de tennis. Il a un sac en forme de bandoulière. Il se fait passer pour un gardien bénévole du site. Il échange un salut rapide avec les passants et reste bien assis sur sa chaise.

Seul Jesus lave les péchés

A la guérite il est écrit Seul Jesus lave les péchés. Photo Mathias Mouendé

Pas de guide dans le site, ni de frais à débourser pour effectuer la découverte. Les touristes doivent se débrouiller d’eux-mêmes. L’aide d’un homme en pays de connaissance s’avère nécessaire. Barthélémy Toguo en a le profil. Cet artiste  plasticien, fondateur du musée d’art contemporain « Bandjoun Station » situé à quelques kilomètres d’ici, connait une bonne partie de l’histoire de la région. Il en a beaucoup appris sur la chute de la Metche auprès d’anciens notamment. Avec lui, les visiteurs du jour entament la descente d’une deuxième série de marches d’escalier. Cette fois, ce sont des herbes et quelques arbres qui poussent à gauche et à droite du passage. Un grand bruit d’écoulement d’eau retient aussitôt les attentions. Au pied de l’escalier, on peut admirer cette merveille de la nature. La chute de la Metche se dresse là, devant nous, majestueuse. La brume qui se dégage embaume les visages. L’eau se déverse à près de 30 mètres de hauteur. « Lors des grandes pluies, le bruit de l’eau ici à la chute est comparable à celui de trois Boeings au décollage», nous indique Barthélémy Toguo. Les appareils photos crépitent. Il faut immortaliser ce moment.

Sacrifices

Trois dames assisses sur la dernière marche d’escalier ont les regards orientés vers la chute d‘eau. Elles sont silencieuses, peut-être en méditation. « Vous êtes ici pour les sacrifices ? », interroge le reporter. « Oui », rétorque une des dames. « Pourquoi ? », insiste le reporter. La première dame n’en dit pas plus. Sa voisine se prête au jeu du question-réponse : « pour laver les mauvaises choses sur nous», indique –t-elle, avant de retrouver le silence à son tour. En contre bas des escaliers, en aval de la chute, un monsieur prend un bain. Il est venu en compagnie des trois dames pour passer un rite. Au bout de quelques minutes, il regagne la surface. Il a un pagne noué autour des reins. A peine s’est –t-il pointé, de fines gouttes de pluie arrosent le coin. L’une des trois dames est heureuse. Elle se lève et danse. Pour cette dernière, les esprits du coin ont sans doute répondu favorablement à leur prière.

Il faut zigzaguer entre les champs de maïs. Photo Mathias Mouendé

Il faut zigzaguer entre les champs de maïs. Photo Mathias Mouendé

Pour rejoindre le dessus du rocher, en amont de la chute, il faut encore zigzaguer entre des champs de maïs. Le sol au passage est toujours tapi de grains de sel, de morceaux de noix de kola et des restes de mets que les oiseaux se font le plaisir de picorer. Le rivage est plutôt moins bruyant en amont. Au loin, des arbres sont visibles à perte de vue. Une bouteille plastique contenant de l’huile de palme à moitié remplie est retrouvée près du cours d’eau. Un foyer de bois est aménagé dans un coin. Une dame arrive. Elle est accompagnée de « Monsieur Jean ». Ce dernier se fait également passer pour le gardien du site. Il accompagne la dame venue pour effectuer un sacrifice. Il jette au sol et dans le fleuve, des bouts de banane-plantain préalablement passés à la braise et embaumés d’huile de palme. La dame reprend le geste. Elle frotte ensuite quelque chose entre les mains. Elle se dirige vers le cours d’eau et y déverse le contenu. Elle se lave le visage avec l’eau de la Metche.

Un rite en amont de la chute de la Metche« Monsieur, enlevez votre chapeau. C’est un lieu sacré !», ordonne monsieur Jean à un des visiteurs. Il s’y oppose. « Pourquoi doit –t-on enlever le chapeau ? Je ne le ferai pas », martèle le visiteur. Et à monsieur Jean d’expliquer qu’il ne faut pas être coiffé devant les esprits de l’eau. Il en dit un peu long sur les rites qui se tiennent en ces lieux. « On vient ici pour des rites lorsqu’on est malade. Si les enfants ne réussissent pas à l’école, il faut nourrir les esprits de l’eau et vos problèmes seront résolus», détaille –t-il. Le visiteur indexé ne retirera toujours pas son chapeau. Monsieur Jean n’y insiste pas. Il quitte le site avec la dame. « Je m’en vais chercher les crânes pour poursuivre le rite», informe –t-il en s’éloignant, le pas alerte.  Notre homme en pays de connaissance nous indique que plusieurs rites se font en ces lieux qui accueillent une trentaine de visiteurs par jour, constitués de nationaux et d’étrangers. Les marabouts et autres charlatans y sont aussi réguliers.

Des résistants assassinés

Des noix de kola, du sel et de l'huile de palme déversés au sol. Photo Mathias Mouendé

Des noix de kola, du sel et de l’huile de palme déversés au sol. Photo Mathias Mouendé

Non loin d’une petite barrière de paille, des taches de sang maculent le sol. Des plumes de poules sont aussi visibles au sol. « Des personnes sont souvent postées en ce lieu. On les fouette avec un poulet vivant, jusqu’à ce que la volaille meure. On se sert du sang de l’animal pour laver le ‘’malade’’. Les gens viennent souvent des grandes villes comme Douala et Yaoundé pour venir passer des rites et faire des sacrifices ici. Ils sont accompagnés soit par des chefs de famille, soit par des marabouts », raconte un riverain sur place. Il relève que ce site est en chargé d’histoire. Une histoire triste qui rappelle des épisodes de la période coloniale au Cameroun. C’est en amont de cette chute que les colons exécutaient les résistants nationalistes camerounais. Ils étaient capturés à Bafoussam, Bamougoum et dans les villages voisins, relate le riverain. Il se propose de reconstituer la scène pour nous.

« On plaçait les résistants ici en amont de la chute. On les criait dessus ‘’avancez !’’. On tirait sur eux avec des fusils. Les victimes tombaient en contre bas du rocher et leur corps étaient emportés par les eaux », se souvient le riverain, dont la mine s’est resserrée. Il reste sans voix pendant quelques secondes, puis continue à relater l’histoire. Il affirme qu’un beau jour, un des résistants qui allait bientôt être exécuté a déclaré au colon qu’il avait quelque chose à dire avant de mourir. Le colon s’est approché plus près du résistant pour l’écouter. Ce dernier l’a empoigné et s’est jeté du haut de la chute de la Metche avec lui. Les deux hommes ont été emportés par les eaux et, sans aucun doute, n’ont pas survécu. L’histoire raconte que c’est depuis ce jour-là que les exécutions ont cessé à la chute de Metche.

Le site est depuis lors visité par des riverains et des touristes. La plupart des habitants y viennent pour des rites. Ils s’y recueillent et font des sacrifices. Mais ce site touristique souffre d’un manque d’aménagement et de promotion. Pas de guide, ni de mesures de sécurité. Quelques habitants s’improvisent souvent gardiens des lieux. Ils attendent des rémunérations volontaires de quelques visiteurs de bonne foi. C’est le cas d’Armand que nous avons rencontré à la guérite ce samedi. Il soutient qu’il donne « un coup de main » pour la sécurisation du site. Il relève que des cas d’agressions ont déjà été enregistrés dans ce site. Il y a quelques jours, relève –t-il, un visiteur a été dépouillé de ses deux téléphones portables en aval de la chute et d’une somme de 8 000 F. Cfa. Les malfrats ont aussi emporté sa chemise et d’autres effets personnels. En amont de la chute de la Metche, un marabout venu pour cordonner un rite s’est fait dépouillé de deux téléphones portables, apprend-on. « Les femmes ont été victimes d’agressions ici plusieurs fois. Il y a aussi des touristes qui m’ont dit dernièrement qu’ils ont été agressés près de la chute. Le coin est dangereux. S’il n’y a pas quelqu’un pour y veiller en permanence des agressions se multiplieront», déplore Armand.

Mathias Mouendé Ngamo, à Bamougoum

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Auteur : mouenthias

Bonjour chers tous. Je suis journaliste et blogueur camerounais. Je réside à Douala. Mon souci à travers mes articles est d'informer, de former les citoyens et de provoquer en eux un changement positif de comportements. Le but final est d'obtenir, en tout lieu sur la planète terre, "Un corps sain dans un environnement sain". La sauvegarde de l'environnement est le gage d'un meilleur lendemain. Soyons tous des éco-citoyens. Vous pouvez me contacter par e-mail à l'adresse mouenthias@yahoo.fr Bonne lecture

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